La conception du ftus et le destin

Rouhi
jeu. 18 dc. 2014
522
Monde

Ibn Mas’oud (rad) dit : « Le Messager Dieu (saws), lui qui est le véridique ,le digne d’être cru, nous a tenu propos en ces termes : « La conception de chacun d’entre vous, dans le ventre de sa mère, s’accomplit en quarante jours ; d’abord sous la forme d’une semence (notfa), puis sous celle de « ‘alaqa » (adhérence) pour une même période, puis sous celle de « modgha » (morceau de chair mâché) pour une même période. Enfin, un Ange lui est envoyé, il y insuffle l’âme et reçoit l’ordre d’inscrire quatre choses à savoir : ce qui lui est imparti comme biens, délai de sa vie, actes et condition heureuse ou malheureuse. Par Dieu, en dehors duquel il n’est pas de divinité, l’un de vous accomplit des actes comme en font les gens du Paradis au point qu’il ne reste plus entre lui et le Paradis qu’une coudée ; c’est alors qu’il est devancé par le destin, et amené à commettre des actes dignes des gens de l’Enfer pour y pénétrer. Et l’un de vous accomplit des actes semblables à ceux des gens de l’Enfer au point qu’il ne reste plus qu’une coudée le séparant de l’Enfer, c’est alors qu’il se trouve devancé par le destin, et amené à accomplir des actes dignes des gens du Paradis pour y pénétrer » »

(rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

Commentaire :

Première partie : La conception de l’être humain :

Ce hadith traite des différentes phases de la conception de l’être humain. Il aborde le début de la vie de l‘embryon et son développement dans le ventre de sa mère.

Les savants divergent quant à la détermination du début de la vie en raison des divergences que contiennent les textes à ce sujet. 

La signification  littérale de ce hadith laisse entendre que la vie commence après la troisième quarantaine, c’est-à-dire, au début du cinquième mois correspondant au moment de l’insufflation de l’âme. Mais d’autres versions de ce hadith évoquent l’envoi de l’Ange après quarante ou quarante-cinq jours. 

Le Prophète (saws) dit : « Lorsque quarante-deux jours passent sur la semence, Dieu lui envoie un Ange. Il lui donne forme, lui modèle son ouïe, sa vue, sa peau, sa chaire et ses os. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Mâle ou femelle ? » Dieu décrète alors ce qu’Il veut et à l’Ange d’inscrire. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Son délai de vie ? » Dieu décrète ce qu’Il veut et l’Ange écrit. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Sa subsistance ? » Dieu décrète alors ce qu’Il veut et l’Ange écrit. Puis, l’Ange sort le registre à la main sans rien rajouter ni diminuer » (rapporté par Mouslim).

 Le Prophète (saws) dit : 

« L’Ange se présente à la semence après quarante – ou quarante cinq nuits – après sa fixation dans l’utérus en disant : « Seigneur Dieu ! Heureux ou malheureux » Ils sont alors inscrits.

Puis, il dit :

« Seigneur Dieu ! Mâle ou femelle » Ils sont alors inscrits, ainsi son action, ses traces, son délai de vie et sa subsistance. Puis, les registres sont pliés, rien ne peut être alors rajouté ou enlevé »

(rapporté par Mouslim).

Il dit également : « La semence demeure dans l’utérus pendant quarante nuit, puis l’Ange lui donne forme et dit : « Seigneur Dieu ! Mâle ou femelle ? » Dieu en fait alors un mâle ou une femelle. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Bien formé ou mal formé ? » Dieu en fait alors un être bien formé ou mal formé. Puis, il dit : 

« Seigneur dieu ! Quelle est sa subsistance, son délai de vie, sa forme ? » Dieu en fait par la suite un être heureux ou malheureux »

(rapporté par Mouslim).

Il est également intéressant de signaler que la version de Mouslim du hadith en question rajoute l’expression « en cette même période » (fi dhalika) avant le terme de « ‘alaqa » et de « modgha ». Le hadith évoquerait donc une seule période de quarante jours dans laquelle se développeraient la semence (notfa), la « ‘alaqa » et la « modgha » et non pas trois périodes de quarante jours chacune. 

Les données scientifiques modernes nous démontrent que la formation se produit au-delà de quarante jours après la fécondation. Les études modernes dévoilent les données suivantes [1] qui mettent en évidence la précision miraculeuse des descriptions contenues dans le Coran et dans le hadith du Prophète (saws) :

- Les membres se modèlent au quarantième jour ou sensiblement après (42 ou 45 jours). L’activité cardiaque devient nettement perceptible à partir de la quatrième semaine.

- Les phases de « notfa » (sperme), de « ‘alaqa » (chose qui s’accroche), « modgha » (morceau mâché) ainsi que le début du développement des os et de la chair se produisent dans les quarante premiers jours.

- La glande sexuelle (gonade) se développe en ovaire ou en testicule après le quarante-deuxième jour. Ceci varie d’un fœtus à un autre en fonction de son développement. La différenciation masculine précède la différenciation féminine de quelques jours.

Ainsi, entre 40 et 45 jours, les membres de l’embryon sont totalement modelés, son cœur bat, il bouge. La vie commence donc avant les 120 jours. Mais, est ce que l’âme est insufflée à ce stade ?

Ibn al-Qayyim (m 751H) et Ibn Hajar (m 852H) ont évoqué la question de l’insufflation de l’âme. Ils lui déterminèrent des signes permettant de repérer cet instant, à savoir le mouvement volontaire du fœtus. Ainsi, le mouvement et la nutrition du fœtus avant l’insufflation de l’âme (au 120ème jour) est un mouvement comparable au développement et à la nutrition des plantes, il ne s’agit nullement d’un mouvement ou d’une nutrition volontaire [2]. Cela reviendrait donc à connaître le moment du début de l’activité cérébrale.

Selon certains chercheurs contemporains, connaître l’instant de l’insufflation de l’âme d’un point de vue scientifique reviendrait à comprendre le début de la grossesse et la formation du système nerveux. 

Ainsi :

- Au terme des 42 jours et au début de la septième semaine : le système nerveux est formé.

- A la septième semaine, l’activité cérébrale de l’embryon est perceptible et mesurable (par électro-encéphalographie (EEG)).

- Au 120ème jour, le cerveau est complètement formé. Puis il va continuer de se développer jusqu’à l’accouchement [3].

En résumé, il n’existe pas de consensus quant à l’instant de l’insufflation de l’âme dans le fœtus. La majorité situe cet instant au 120ème jour, au 40ème jour pour d’autres. Par ailleurs, les données scientifiques démontrent que le modelage presque complet des différentes parties du corps du fœtus se produit entre le 40ème et le 45ème jour après la fécondation. Par conséquent, si nous associons les hadiths les uns aux autres, en tenant compte de ces données scientifiques, l’insufflation de l’âme se situerait probablement à ce moment [4].

A noter que les hadiths qui évoquent l’envoi de l’Ange au fœtus après les 42 jours ou entre le 40ème et le 45ème jour ne font pas mention de l’insufflation de l’âme. Ils n’évoquent que la formation de l’ouïe, de la vue, de la peau, de la chair et des os, sa différenciation masculine ou féminine, ainsi que tout qui concerne son avenir, à savoir, son délai de vie, sa subsistance, ses œuvres, sa condition heureuse ou malheureuse. L’insufflation de l’âme n’est évoquée que dans le hadith mentionnant les trois périodes de 40 jours.

A savoir qu’il n’y a aucune contradiction entre l’existence d’une vie avant l’insufflation de l’âme étant donné que l’activité cardiaque commence à la quatrième semaine et que l’activité cérébrale est mesurable à partir de la septième semaine. En effet, l’insufflation de l’âme se produit au 120ème jour (selon la majorité des savants), quant à la vie, elle a précédé cet instant.

Quelques prescriptions liées à la vie de l’embryon [5] et du fœtus :

L’avortement :

- Les savants estiment que la vie de l’embryon est juridiquement considérée et donc inviolable à partir de la nidation, c’est-à-dire, à partir de la fixation de l’embryon sur la paroi utérine « Il a créé l’homme d’une adhérence « ‘alaqa » » (l’adhérence : 2). Ceci se produit environ six jour après la fécondation [6]. Avant cet instant, la vie de l’embryon n’a aucune considération.

- Avant l’insufflation de l’âme (c’est-à-dire avant les 120 jours pour la majorité) :

Pour la majorité des savants, l’avortement est interdit avant l’insufflation de l’âme. Ceci est l’avis des hanbalites et l’avis prédominant au sein des malikites et shafi’ites. Quant aux hanafites, ils le permettent pour une raison valable [7].

Ainsi l’avortement est interdit pendant les 40 premiers jours. L’interdiction devient plus forte lors de la deuxième période de 40 jours et s’accentue après le 120ème jour, c’est-à-dire après l’insufflation de l’âme [8].

- Après l’insufflation de l’âme : L’avortement est strictement interdit à l’unanimité des savants. Il n’y a aucune divergence à ce sujet. Pendant cette période, l’avortement n’est permis que s’il y a un réel danger pour la vie de la mère.

La fatwa n° 140 éditée le 20/6/1407H édictée par le comité des grands savants en Arabie Saoudite confirme le respect de la vie de l’embryon dans ses différentes phases. Par conséquent, il n’est pas permis d’avoir recours à l’avortement au cours des différentes étapes de la grossesse saut pour un motif juridique et dans des limites extrêmement restreintes :

1-      Pendant la première période de grossesse, c’est-à-dire les 40 premiers jours, si l’avortement présente un intérêt juridiquement reconnu ou permet de repousser un éventuel préjudice, il est alors permis.

Par contre, si l’avortement au cours de cette période est motivé par la crainte de rencontrer des difficultés dans l’éducation des enfants, par la peur de ne pas être capable de supporter le coût de leurs vivres et de leur apprentissage, pour leur avenir, ou pour se contenter des enfants que les deux époux ont déjà, il est alors interdit.

2-      L’avortement n’est pas permis au cours des  phases d’adhérence  « ‘alaqa » et de « modgha » sauf si une commission médicale fiable stipule que la continuité de la grossesse présente un danger pour la santé de la mère, par exemple, si l’on craint pour sa vie. Dans ce cas, et après avoir épuisé tous les moyens pour éviter ces dangers, l’interruption de la grossesse est permise.

3-      Après la troisième période, au terme de quatre mois de grossesse, l’avortement n’est pas permis jusqu’à ce qu’un groupe de spécialistes fiables jugent que la présence du fœtus dans le ventre de sa mère causera la mort de celle-ci et ce, après épuisement de tous les moyens nécessaires pour le sauver.

La sanction due à l’avortement illicite [9] :

1-      Tous les jurisconsultes « fouqaha » s’accordent à dire que la violation de la vie de l’embryon exige une compensation financière « ghourra ».

2-      Le montant de cette compensation financière « ghourra » est fixé, selon l’avis de tous les fouqaha de toutes les écoles, à la moitié du 10ème de la « diya » (prix du sang) [10]. Les savants s’accordent également sur le fait que le mobile impliquant cette compensation financière « ghourra » est toute action qui cause la séparation du fœtus de sa mère en étant mort, même si l’auteur de cet acte est la mère ou son époux, qu’il s’agisse d’un acte volontaire on non.

3-      Selon les malikites, l’acte expiatoire « al-kaffara » (jeûner deux mois consécutifs) est recommandé en plus de la compensation financière « ghourra » car le Prophète (saws) n’a imposé que la « ghourra ». « Al-kaffara » est obligatoire pour les hanbalites et les shafi’ites. 

La fausse couche :

La commission permanente des recherches et de la fatwa, en Arabie Saoudite, a traité ce sujet, il en résulte ce qui suit :

  • Si la fausse couche survient durant les deux premières étapes de la grossesse. Ce qui correspond aux quatre-vingt premiers jours. Dans ce cas, si un écoulement sanguin est constaté, il ne s’agit pas de lochies. La femme est alors considérée atteinte de métrorragie (istihada). Cela ne l’empêche pas de jeuner ou prier.

  • Si la fausse couche survient lors de la troisième étape (phase de « modgha »), à partir de quatre-vingt-un jours jusqu’au cent vingtième jour :

  • Si le fœtus a une forme humaine, ou si l’on distingue des formes humaines, l’écoulement sanguin correspond aux lochies et la fausse couche marque la fin du délai de viduité.

  • Si l’on ne peut distinguer de formes humaines, les prescriptions relatives à ce cas sont identiques à celles relatives aux deux première étapes, à savoir, cette fausse couche n’a pas d’effets juridiques. 

  • Si la fausse couche survient lors de la quatrième étape, c’est-à-dire après l’insufflation de l’âme. Deux cas se présentent :

  • Si le fœtus nait sans vie : Les règles relatives à ce cas sont les mêmes que dans le deuxième cas précité (phase de modgha), en rajoutant l’obligation de lui faire la toilette mortuaire (ghosl), de le mettre dans un linceul, de prier sur lui (prière mortuaire), de lui donner un prénom et de faire « al-‘aqiqa » en son nom.

Si le fœtus est vivant : Les règles relatives à ce cas sont identiques à celles relatives au nouveau-né dont les règles citées précédemment, en rajoutant le droit à la possession (par testament ou héritage) et les droits successoraux (peut hériter et se faire hériter). 

Deuxième partie :

« Par Dieu, en dehors duquel il n’est pas de divinité, l’un de vous accomplit des actes comme en font les gens du Paradis au point qu’il ne reste plus entre lui et le Paradis qu’une coudée ; c’est alors qu’il est devancé par le destin, et amené à commettre des actes dignes des gens de l’Enfer pour y pénétrer. Et l’un de vous accomplit des actes semblables à ceux des gens de l’Enfer au point qu’il ne reste plus qu’une coudée le séparant de l’Enfer, c’est alors qu’il se trouve devancé par le destin, et amené à accomplir des actes dignes des gens du Paradis pour y pénétrer ».

Pour certains savants, ces propos sont ceux d’Ibn Mas’oud (rad). Il s’agit donc du commentaire d’Ibn Mas’oud inséré dans le hadith. Ceci dit, le sens de ses propos a été relaté d’après le Prophète (saws) selon plusieurs voies [11]. 

Ce hadith indique que la fin de l’homme dépend de ses dernières œuvres. Al-Boukhari rapporte d’après Sahl ibn S’ad que le Prophète (saws) dit : « La valeur des actions est en fonction des dernières actions accomplies (avant la mort) ».

La fin de ce hadîth est particulièrement effrayante et inquiétante puisqu’elle sous-entend qu’un homme peut passer sa vie à accomplir de bonnes œuvres, mais puisque le destin l’a inscrit parmi les gens de l’Enfer, il accomplira en fin de vie une mauvaise action qui le précipitera en Enfer !

Mais un autre hadîth vient éclairer notre lanterne. En effet, le Prophète (saws) dit : « L’homme accomplit certainement des actions dignes des gens du Paradis, d’après ce qu’il semble aux gens, alors qu’il est du nombre des gens de l’Enfer. Et l’homme accomplit certainement des actions dignes des gens de l’Enfer, d’après ce qu’il semble aux gens, alors qu’il est du nombre des gens du Paradis »[12].

Par conséquent, le sens du hadîth est que l’homme peut accomplir, en apparence, de bonnes actions dignes des gens du Paradis, alors que son cœur est infesté par l’orgueil et l’ostentation. En fin de vie, il accomplira de mauvaises actions qui reflèteront sa vraie nature. Quant à l’autre, il accomplissait, en apparence, de mauvaises actions dignes des gens de l’Enfer, mais son cœur est habité par l’amour de Dieu et de son Messager, aspirant au repentir. A la fin de sa vie, il se repentira et accomplira de bonnes actions reflétant sa bonté intérieure.

 Moncef Zenati 

[1] – d’après “fiqh at-tabib” p 258

[2] – « at-tibyan fi aqsam al-Qor-an » d’Ibn al-Qayyim

[3] – « fiqh at-tabib » p259

[4] – « fiqh at-tabib » p 260

[5] – Il s’agit d’embryon pendant les 60 premiers jours après la fécondation. Au-delà, il s’agit de fœtus.

[6] – « fiqh at-tabib » p260 et 274

[7] – « al-mawsou’a al-fiqhiyya » 2/57

[8] « ihya ‘ouloum ad-dine » d’Abou Hamid al-Ghazali 2/51

[9] – « al-mawsou’a al-fiqhiyya »

[10] – « diya » (prix du sang) est fixée à 1000 dinars. Un dinar est équivalent à 4,25g d’or

[11] – « jami’ al-’ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/169

[12] – rapporté par al-Boukhari et Mouslim

 



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